Dans un petit village, vivait un homme très pauvre, qui menait une existence simple et discrète. Il ne possédait presque rien, sauf une chose précieuse : un magnifique cheval dont il prenait grand soin. L’animal était si beau que beaucoup de gens tentaient de l’acheter, mais le vieil homme refusait toujours.
« Ce cheval n’est pas à vendre », répétait-il calmement.
Un matin, comme d’habitude, il se rendit à l’écurie. Pourtant, en ouvrant la porte, il sentit immédiatement que quelque chose n’allait pas. Le cheval avait disparu.
Très vite, les villageois accoururent. Ils étaient persuadés qu’il avait été volé. Tous lui dirent alors :
« On te l’avait bien dit ! Tu aurais dû le vendre. Maintenant, on te l’a volé… quelle malchance ! Quel malheur pour toi, toi qui n’avais que ça ! »
Le vieil homme, lui, ne s’énerva pas. Il réfléchit un instant, puis répondit simplement :
« Chance, malchance, qui peut le dire ? Nous ne connaissons qu’un fragment de l’histoire. Qui sait ce qu’il adviendra ? Il est bien trop tôt pour parler de malheur. »
Les villageois se moquèrent de lui, convaincus qu’il essayait seulement de se rassurer. Pourtant, quelque temps plus tard, un événement inattendu se produisit.
Le cheval revint.
Et il n’était pas seul.
Derrière lui galopait une véritable horde de chevaux sauvages. Il n’avait donc pas été volé : il s’était échappé, avait rencontré d’autres chevaux pendant son voyage, et les ramenait maintenant avec lui.
Les habitants furent stupéfaits. Cette fois, ils s’écrièrent :
« Quelle chance ! Te voilà avec de magnifiques chevaux ! Tu avais raison, ce n’était pas un malheur, mais une bénédiction ! »
Mais le vieil homme répondit encore :
« Chance, malchance, qui peut le dire ? »
Peu après, il commença à dresser ces chevaux sauvages avec son fils. Ils travaillaient dur, avec l’espoir d’améliorer leur quotidien. Cependant, une semaine plus tard, un accident survint : le fils fit une mauvaise chute. L’un des chevaux le piétina, et il perdit l’usage de ses jambes.
Les voisins revinrent aussitôt, choqués :
« Quel malheur ! Comment vas-tu faire, toi qui es déjà si pauvre, si ton fils unique ne peut plus t’aider ? Tu es vraiment à plaindre ! »
Le vieil homme, toujours aussi calme, répondit :
« Chance, malchance, qui peut le dire ? Certes, mon fils a perdu l’usage de ses jambes. Mais personne ne peut prédire l’avenir. »
Le temps passa, et quelques mois plus tard, une guerre fut déclarée. L’armée du seigneur arriva dans le village et enrôla de force tous les jeunes hommes capables de combattre. Les familles pleuraient, impuissantes, pendant que leurs fils étaient emmenés.
Tous partirent.
Tous… sauf le fils du vieil homme, qui, invalide, ne pouvait ni marcher ni se battre.
Les voisins, cette fois remplis d’envie, murmurèrent :
« Quelle chance tu as… tous nos enfants sont partis à la guerre, et toi, tu es le seul à garder ton fils auprès de toi, tandis que les nôtres sont partis se faire tuer… »
Le vieil homme ne répondit pas avec fierté, ni avec tristesse. Il se contenta de dire :
« Chance ou malchance… qui peut le dire ? »
Car la réalité des événements se situe souvent bien au-delà des apparences.
Source : Légende du vieux fermier et de son cheval (conte populaire).

