Avoir plusieurs personnalités : Qu’est-ce que le trouble dissociatif de l’identité (TDI) ?

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Vous vous réveillez et quelqu’un vous parle d’une conversation que vous n’avez jamais eue. Vous retrouvez dans votre placard des vêtements que vous ne vous souvenez pas avoir achetés. Un proche vous dit « tu m’as déjà raconté ça hier », alors que pour vous, cette journée n’existe pas. Fatigue ? Stress accumulé ? Ou quelque chose de plus profond qui se joue en silence dans votre tête ? Le terme « personnalité multiple » a fait beaucoup de mal à la compréhension de ce trouble, en l’associant aux tueurs de cinéma et aux scénarios de films à sensation. Nous allons démonter ces clichés, ceux de Split et de Fight Club en tête, pour raconter ce qu’est réellement le trouble dissociatif de l’identité, avec les chiffres français les plus récents sur la question.

Le trouble dissociatif de l’identité, ce n’est pas ce que montre le cinéma

Le trouble dissociatif de l’identité correspond à la coexistence, chez une même personne, de plusieurs états de personnalité distincts, appelés alters, qui prennent tour à tour le contrôle du comportement et de la conscience. Chaque alter peut avoir son propre âge ressenti, sa propre voix, ses propres souvenirs, parfois même son propre genre. C’est une définition clinique précise, loin de l’image qu’en donne le grand public depuis des décennies.

Le film Split a popularisé l’idée d’un homme aux vingt-trois identités devenant un kidnappeur violent sous l’emprise de l’une d’elles. Une étude publiée sur près de deux cents patients atteints de TDI a pourtant montré que seulement 3 % d’entre eux avaient été accusés d’un délit sur une période de six mois, et moins de 1 % avait connu la prison. Les personnes concernées sont statistiquement bien plus susceptibles de se faire du mal à elles mêmes qu’à autrui. Cette confusion entretenue par le cinéma nous semble particulièrement toxique : elle alimente la peur, retarde le diagnostic et pousse des patients à taire leurs symptômes plutôt qu’à consulter, de peur d’être assimilés à un personnage de fiction menaçant. Le TDI n’a rien d’un scénario hollywoodien. C’est avant tout une histoire de survie psychique, construite dans la douleur bien avant l’âge adulte.

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Comment reconnaît-on un trouble dissociatif de l’identité

Dans la vie quotidienne, au travail, en couple, dans les gestes les plus banals, les signes du TDI se glissent souvent sans bruit. Une personne peut changer brutalement de comportement, de ton de voix ou même d’écriture, sans en avoir conscience elle même. Voici les manifestations les plus fréquemment rapportées par les cliniciens :

  • Des pertes de mémoire inexpliquées, parfois appelées trous noirs, concernant des conversations, des trajets ou des journées entières
  • Un sentiment de se regarder vivre de l’extérieur, comme spectateur de son propre corps, ce que l’on nomme la dépersonnalisation
  • Des changements soudains de goûts, d’habitudes ou de préférences, sans explication logique
  • Des voix intérieures ou des pensées qui semblent ne pas appartenir à la personne qui les perçoit
  • Des objets, vêtements ou écrits retrouvés sans souvenir de les avoir produits ou achetés

Ces signes restent la plupart du temps invisibles pour l’entourage. Un collègue, un conjoint ou un parent peut vivre des années aux côtés d’une personne atteinte de TDI sans jamais soupçonner autre chose que de la distraction ou des sautes d’humeur. Cette discrétion du trouble explique en grande partie pourquoi le diagnostic arrive si tardivement, souvent après une décennie d’errance médicale.

D’où vient ce trouble : le rôle du traumatisme dans l’enfance

Le TDI ne surgit pas de nulle part. Il se développe presque systématiquement à la suite d’un traumatisme sévère et répété durant l’enfance, le plus souvent avant l’âge de neuf ou dix ans. Violences physiques, abus sexuels, maltraitance émotionnelle ou négligence grave figurent parmi les causes les plus documentées par la littérature médicale. Entre 70 et 100 % des personnes diagnostiquées rapportent des antécédents de maltraitance sévère durant leur enfance, un chiffre confirmé par plusieurs revues systématiques menées sur des données recueillies depuis les années 1990.

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Ce qui nous frappe dans ce mécanisme, c’est sa logique de protection. Face à une douleur émotionnelle insupportable pour un enfant, le psychisme se fragmente pour continuer à fonctionner malgré tout. Chaque alter peut alors porter une part différente du vécu traumatique, permettant à l’enfant de survivre à ce qu’il ne pourrait pas encaisser d’un seul bloc. Vu sous cet angle, le TDI raconte d’abord une histoire de résilience face à l’inacceptable, avant d’être une pathologie au sens strict. Ce regard change tout dans la manière d’accueillir les personnes concernées, loin de la figure du monstre fictif que le cinéma a longtemps préféré mettre en scène.

Le TDI en France : un trouble largement sous-diagnostiqué

Les chiffres français sur ce trouble donnent le vertige. En 2023, seuls 183 patients ont été officiellement diagnostiqués avec un TDI sur le territoire, selon les données de l’Assurance maladie. Or les estimations internationales situent la prévalence réelle du trouble entre 1 et 1,5 % de la population générale, ce qui rendrait le TDI potentiellement plus fréquent que la schizophrénie ou le trouble bipolaire de type 1. L’écart entre ces deux réalités est immense, et il en dit long sur l’état des connaissances en psychiatrie sur ce sujet précis.

Plusieurs raisons expliquent ce fossé. La méconnaissance du trouble par une partie des professionnels de santé eux mêmes reste un facteur majeur, tout comme la confusion fréquente avec d’autres pathologies psychiatriques telles que le trouble borderline ou la schizophrénie, dont certains symptômes peuvent se recouper en apparence. Le diagnostic, quand il survient, arrive donc le plus souvent tardivement, parfois après des années de traitements inadaptés. Coraline Hingray, professeure de psychiatrie à Nancy et spécialiste reconnue du sujet, décrit le TDI comme le caméléon de la psychiatrie, tant il sait se dissimuler derrière d’autres tableaux cliniques. Ce sous-diagnostic massif prive concrètement des milliers de personnes en France d’une prise en charge adaptée à leur situation réelle.

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Peut-on vivre avec un trouble dissociatif de l’identité et aller mieux

Autant le dire sans détour : il n’existe aucun médicament capable de traiter le TDI en lui même. Les traitements médicamenteux disponibles ciblent uniquement les symptômes associés, comme l’anxiété ou les épisodes dépressifs. La voie principale reste la psychothérapie individuelle, engagée sur une durée souvent longue, parfois plusieurs années, avec des objectifs progressifs : stabiliser la personne, favoriser la communication entre les différents états de personnalité, puis travailler vers une meilleure intégration du sens de soi.

Face à la somme d’idées reçues qui circulent encore sur ce trouble, voici ce que la réalité clinique documentée nous permet d’affirmer.

Idée reçue répandueRéalité clinique documentée
Le TDI est extrêmement rareSa prévalence estimée atteint 1 à 1,5 % de la population, largement sous-diagnostiquée
Les personnes atteintes deviennent violentesElles sont statistiquement bien plus à risque de se faire du mal à elles mêmes qu’à autrui
Le trouble se remarque facilement de l’extérieurIl reste souvent invisible pendant des années, même pour l’entourage proche
Les patients simulent ou exagèrent leurs symptômesLe trouble est documenté par des décennies de recherche clinique et repose sur des critères diagnostiques précis

Ce trouble ne se soigne pas comme une grippe, et personne de sérieux ne le prétend. Mais une vie stable, fonctionnelle, apaisée reste tout à fait accessible avec un accompagnement thérapeutique adapté et suivi dans la durée. Les personnes qui vivent avec un TDI n’ont pas plusieurs vies séparées les unes des autres. Elles ont une seule vie, une seule existence, qu’elles ont dû apprendre, souvent dans la douleur, à tenir ensemble.

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