Qu’est-ce que La Maison Perchée ? L’association au service de la santé mentale des jeunes

la maison perchée

Un jeune sort de l’hôpital psychiatrique. Dans la poche, une ordonnance à rallonge. Dans la tête, un diagnostic qu’on vient de lui poser, parfois après des années d’errance. Et devant lui, rien. Aucun sas, aucun relais, aucun endroit où poser cette histoire qu’il vient de traverser. Vous saviez qu’en France, le diagnostic de bipolarité prend en moyenne huit ans à être posé ? Ce vide entre la sortie d’hôpital et le retour à une vie qui ressemble à quelque chose, c’est exactement l’endroit où s’est construite La Maison Perchée. Nous allons vous raconter ce qu’est réellement cette association, comment elle fonctionne au quotidien, et pourquoi son modèle dérange, à sa manière, les habitudes de la psychiatrie classique.

Une association née d’un manque criant dans la psychiatrie française

Tout commence en avril 2020, en plein confinement. Victoria Leroy, Lucille Zolla, Caroline Matte et Maxime Perez-Zitvogel se croisent, presque par hasard, autour d’un constat commun. Trois d’entre eux ont connu l’hospitalisation psychiatrique de l’intérieur, Caroline, elle, est proche aidante, sensibilisée par un ami touché par des troubles psychotiques. Ce qui les rassemble n’est pas une théorie mais une expérience vécue : celle de sortir de l’hôpital avec, pour seul bagage, des ordonnances, et pour seul horizon, l’isolement.

La bipolarité touche entre 650 000 et 1,6 million de personnes en France, soit 1 à 2,5% de la population, et son diagnostic met en moyenne huit ans à être posé. Des chiffres qui donnent le vertige quand on sait qu’un quart des personnes bipolaires fait une tentative de suicide au cours de sa vie. En septembre 2020, l’association voit officiellement le jour. Nous le disons sans détour, la psychiatrie hospitalière sait gérer la crise, elle sait moins bien gérer l’après. Et c’est précisément cet après que personne n’avait pensé à structurer.

Voir aussi :  Et vous, acceptez-vous l’inacceptable ?

La pair-aidance, le principe qui change tout

La pair-aidance repose sur une idée simple, presque évidente une fois qu’on l’a comprise : des personnes qui ont vécu un trouble psychique accompagnent d’autres personnes qui traversent la même chose. Pas de blouse blanche, pas de savoir théorique importé d’un manuel, mais un vécu partagé qui crée une confiance immédiate. Depuis sa création, l’association a formé 55 pairs-aidants bénévoles, qui animent les ateliers liés au rétablissement.

Lucille Zolla, cofondatrice et présidente de l’association, résume ce principe avec une phrase qui nous semble juste : prendre un café avec quelqu’un et discuter une heure de manière informelle peut parfois être aussi efficace qu’un entretien de pair-aidance en milieu hospitalier, plus formel. Nous insistons sur un point : ce n’est pas un substitut à la psychiatrie. C’est un maillon qui manquait, quelque part entre la sortie de l’hôpital et le retour à une vie quotidienne qui tienne debout.

Qui est concerné : à qui s’adresse vraiment la Maison Perchée

L’association s’adresse aux jeunes adultes de 18 à 40 ans vivant avec un trouble psychique, bipolarité, schizophrénie, trouble borderline, ainsi qu’à leurs proches. Elle reste non médicalisée, elle ne pose aucun diagnostic et ne remplace aucun traitement. Beaucoup de lecteurs se demandent s’il faut être diagnostiqué pour y avoir accès, la réponse est non : l’accompagnement s’ouvre aussi à celles et ceux qui veulent simplement mieux comprendre la santé mentale, sans étiquette préalable.

Ce n’est donc ni un centre de soins, ni un groupe réservé à une seule pathologie. On y croise des personnes concernées, des parents qui cherchent à comprendre ce que traverse leur enfant, des frères, des sœurs, des amis. La force de ce lieu tient justement à cette porosité entre les publics, plutôt qu’à une frontière stricte entre malades et bien portants.

Voir aussi :  Je voudrais être, je veux être … je suis !

La Canopée, la Boussole : comment fonctionne l’accompagnement

L’accompagnement repose sur deux programmes pensés dès les débuts de l’association. La Canopée s’adresse aux jeunes concernés directement, la Boussole à leurs proches, souvent laissés de côté dans le parcours de soin classique. Les deux fonctionnent en miroir, avec une logique hybride, en ligne et en présentiel, pour éviter ce que les fondateurs appellent l’entre-soi parisien et permettre à des jeunes vivant en zone de désert médical d’accéder au même accompagnement.

Concrètement, la Canopée s’organise autour de plusieurs piliers du rétablissement : l’hygiène de vie, l’expression, les projets professionnels, l’espoir. Elle prend plusieurs formes que voici :

  • Des groupes de parole animés par des pairs-aidants formés
  • Des ateliers créatifs autour du théâtre, du dessin ou de la cuisine
  • Des conférences et temps d’échange en ligne
  • Des espaces d’entraide accessibles à distance pour les zones éloignées de Paris

Cette architecture double, penser d’abord pour le concerné, penser ensuite pour l’entourage, change beaucoup de choses dans la manière d’appréhender un trouble psychique. On ne soigne pas un individu isolé, on accompagne un système entier de relations, souvent abîmées par des années d’incompréhension mutuelle.

Le café associatif de Paris, un lieu physique pensé comme un refuge

Il existe un endroit précis pour tout cela : le 59 avenue de la République, dans le 11e arrondissement de Paris, à quelques minutes de la place de la République. Ouvert depuis 2022, cet espace d’environ 130 mètres carrés ne ressemble à rien de ce qu’on associe habituellement à la psychiatrie. Un bar en bois, une façade vitrée qui laisse entrer la lumière, des dessins et des textes d’adhérents accrochés aux murs. On y sert du café, pas des consultations.

Le lieu ouvre au grand public les matinées du mardi au vendredi et toute la journée le samedi, avec un vrai barista au comptoir. Les après-midis en semaine sont réservés aux adhérents, pour les ateliers et les temps d’échange plus intimes. Ce détail des horaires n’est pas anodin, il traduit une volonté : ne pas enfermer les personnes concernées dans un lieu à part, mais les faire coexister avec le reste du monde, dans un café ordinaire où l’on peut simplement s’asseoir. Nous trouvons cette idée particulièrement forte, avoir un endroit à soi après des années de silence et d’hospitalisations, ce n’est pas un détail, c’est une reconquête.

Voir aussi :  Comment mieux réagir au stress nous permet de vivre plus longtemps ?

Sensibiliser et déstigmatiser : l’autre mission de l’association

L’accompagnement individuel n’est qu’une partie du travail. La Maison Perchée mène en parallèle un combat plus large contre la stigmatisation des troubles psychiques, avec des interventions en entreprise, dans les écoles et les universités, un podcast baptisé La Perche, et un documentaire, Perchés, diffusé sur France TV. L’association multiplie aussi les prises de parole dans les médias et représente ses adhérents au sein du Projet territorial de santé mentale d’Île-de-France.

Maxime Perez-Zitvogel, cofondateur, résume cette ambition par une formule qui nous a marqués : « Qu’on soit concerné ou non, tout le monde devrait en savoir davantage. Nous avons besoin de tous les P, les patients, mais aussi les professionnels de santé, les proches et les politiques. » Cette phrase dit tout du positionnement de l’association, elle ne veut pas rester dans son coin, elle veut infiltrer les entreprises, les écoles, les débats publics, pour que la maladie psychique cesse d’être un sujet qu’on évoque à voix basse.

Pourquoi ce modèle interroge la psychiatrie traditionnelle

La Maison Perchée ne prétend à aucun moment remplacer la psychiatrie. Elle pointe une faille bien réelle du système français, celle de l’après-hospitalisation, ce moment où le patient rentre chez lui avec des médicaments mais sans accompagnement humain. L’association se construit en complément du monde médical, pas en opposition à lui, et plusieurs psychiatres orientent eux-mêmes leurs patients vers ce type de structure, preuve que la collaboration fonctionne davantage qu’elle ne s’affronte.

Ce que ce modèle réussit à faire, et que l’hôpital, contraint par le temps et les protocoles, ne peut pas toujours offrir, c’est du temps long, de l’informalité, une absence totale de jugement. Ses limites existent aussi, nous ne les cachons pas : pas de suivi médical à proprement parler, une dépendance forte au bénévolat et aux financements associatifs, un modèle encore concentré sur Paris. Mais au fond, ce que raconte La Maison Perchée, c’est qu’on peut vivre avec la folie sans en faire un crime, un tabou ou un silence.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *