Introduction
De nombreux orthophonistes, moi y compris, ressentent souvent que leurs patients poussent à leurs limites, au point de profiter de leur bienveillance. Cela soulève une question essentielle : est-ce que notre attitude influence leur comportement ? N’est-ce pas notre difficulté à établir des limites qui les amène à penser qu’ils ont le contrôle sur l’organisation des séances ? Faut-il pas notre hésitation à dire NON qui crée une absence de cadre, se traduisant par une situation où celle-ci est constamment contrevenante ? Ce besoin d’être toujours gentil et compréhensif nous empêche-t-il d’instaurer ce cadre dont nos patients ont réellement besoin ?
La dynamique relationnelle
Il est vrai que nous nous engageons souvent dans un suivi à moyen et long terme et que nous valorisons des relations de qualité avec nos patients et leurs familles. Être professionnel de santé ne doit pas impliquer une relation de pouvoir où le professionnel est omniscient et le parent, ignoré. Au contraire, il est crucial que les parents deviennent nos partenaires dans un cadre égalitaire, où chacun apporte son expertise.
Cependant, nous ne pouvons pas accepter chaque demande sous peine de rencontrer des comportements inadaptés qui risquent de mener à un épuisement professionnel prolongé.
Illustration par des cas concrets
Pour appuyer mes propos, je vais partager quelques expériences qui illustrent des moments où j’ai manqué de force, où j’ai accepté des situations qui auraient dû être refusées pour diverses raisons : peur de désobliger, considération financière, fatigue, syndrome de l’imposteur, envie d’aider… Ces brèves anecdotes vous parleront probablement, car vous y avez sûrement été confrontés.
1. Ils ne respectent pas les consignes
Il arrive qu’ils n’apportent pas l’ordonnance le jour du bilan, malgré votre rappel. Plutôt que de les renvoyer, vous choisissez d’honorer le rendez-vous pour ne pas faire déplacer la famille en vain… (culpabilité – finances)
Vous savez qu’une prise en charge qui commence ainsi est souvent mal orientée. Acceptant le rendez-vous, vous niez les règles établies dès le début, ouvrant la porte à d’autres incursions dans ce cadre. Peut-être pourriez-vous exiger que l’ordonnance soit remise le soir même dans la boîte aux lettres, montrant ainsi votre flexibilité tout en maintenant le cadre que vous avez fixé.
2. Retards fréquents
Les parents arrivent en retard sans excuses. Cela perturbe le bon déroulement des séances et vous vous sentez frustré. (peur du conflit)
Ce retard nuit indéniablement à la qualité de la prise en charge ; il est donc légitime de discuter de ce problème avec eux. Bien qu’il soit inutile d’attendre des excuses, il est important de leur faire comprendre que ces retards sont nuisibles et que vous serez dans l’obligation de revoir leur créneau si cela continue.
3. La gestion des paiements
Si une maman ne règle pas ses séances à temps, cela crée un stress supplémentaire, même si chaque cas a ses propres circonstances. (culpabilité – syndrome du sauveur)
Il est impératif de poser des règles claires dès le début concernant les paiements, et cela devrait être le fruit d’un échange. Par exemple, vous pouvez gérer les paiements en temps réel pour éviter de vous retrouver dans une situation inconfortable.
Prendre soin de soi
Nous devons également nous rappeler que les enfants que nous accueillons ne sont pas seulement les nôtres. Ils nécessitent notre attention, mais il est important de ne pas oublier qu’ils ont également besoin d’autres ressources.
Nous avons toutes et tous des limites, et il est crucial de ne pas sacrifier notre bien-être pour les besoins d’un patient qui ne s’implique pas. Les choix des familles concernant leur implication n’ont pas à faire de nous des sauveteurs.
Conclusion
Ces situations ne sont que quelques exemples des défis que nous pouvons rencontrer. Il est essentiel de reconnaître ces problèmes et d’adopter des stratégies qui respectent à la fois nos patients et nous-mêmes. En instaurant des règles claires et en encourageant une communication ouverte, nous pouvons améliorer la dynamique de notre pratique.

