Ils ont disparu sans dire un mot

Ils ont disparu sans dire un mot

Ils ont disparu sans dire un mot.

Si vous êtes un professionnel de santé, si vous vous occupez d’adultes ou d’enfants malades alors vous saurez de quoi je parle.

Vous vous êtes occupés d’eux et du jour au lendemain, sans dire un mot, ils ont disparu.

Ils s’appellent Tony, Gaétan, Louca, Eloïse ou encore Léa. Vous, vous avez l’impression de vous appeler #dernièreroueducarrosse ou encore #mouchoirceluiquonjettepasceluiquongarde.

Ils sont venus parce que vous êtes thérapeute, c’est votre métier de vous occuper des autres.

Ils sont restés un an, deux ans, quelques fois trois ans au cabinet parce qu’ils avaient besoin de vous.

Et un jour ils ont disparu, sans dire un mot.

ils l’ont décidé sans vous en parler, sans vous consulter. Pour quoi faire au final ?

Ils ont pris leur décision sur un coup de tête, sur un coup de sang, sur un coup de peur.

Comment auraient-ils pu avoir conscience de l‘impact sur vous ? sur nous ? sur eux ?

Vous qui essayez tant bien que mal de lutter contre le transfert, véritable combat quelques fois pour des familles dans lesquelles vous entrez dans l’intimité pendant plusieurs années souvent. Vous n’êtes jamais indifférents.

Et pourtant, malgré votre implication, ils ont disparu sans dire un mot.

Difficile de garder son sang-froid, de ne pas mettre d’affect, même un peu.

Ce mot, ça aurait pu être « au revoir », « merci », « à bientôt ». Mais non, aucun mot n’est sorti de leur bouche.

Pourquoi ? Nous ne le saurons certainement jamais. Peut-être n’y a-t-il aucune raison, les vacances approchant, une absence en entraînant une autre, une petite baisse de motivation, une grande baisse de l’engagement.

Rien de grave me direz-vous ! Non, rien de grave. Ils ont disparu, sans dire et mot, et votre coeur s’en souviendra.

Alors cher lecteur, chère lectrice, toi qui as lu ce récit, toi qui te retrouveras peut-être devant ces petits coeurs. Ces coeurs mous et durs à la fois, ces coeurs blindés par un quotidien pas toujours rose, entourés de maladies graves et moins graves, de mauvaises nouvelles. Souviens-toi, si l’envie te prenait de disparaître, n’oublie pas dire un mot, un seul mot « au revoir », « merci », « à bientôt ».

Petit coup d’humeur, petit message du coeur.

Powa ♣

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17 réactions au sujet de « Ils ont disparu sans dire un mot »

  1. Bonsoir Powa merci pour ce billet que nous avons souvent en tête… toujours cette question de se dire : est ce normal, je n’ai fait que mon devoir/ boulot/ ce pour quoi je suis payée…??? Mais après tant de larmes essuyées, de rires partagés, de combats menés ensemble, pourquoi être si vite rayée de la carte? Faut il se blinder? Ne plus s’investir émotionnellement , rester  » professionnelle »? Mais c’est quoi être un Therapeute professionnel? Contente de voir que je ne suis pas la seule avec mes pourquoi…

    1. Oui c’est un vrai questionnement que nous sommes nombreuses à avoir. J’ai écris ce billet suite à la fermeture de mon cabinet et pour lequel j’ai eu de nombreux patients qui ne sont pas venus à la dernière séance et à qui je n’ai donc pas pu dire au revoir et bonne continuation. Il ne faut pas le prendre pour soi (ou alors le prendre pour soi mais c’est vraiment culpabilisant) et aller de l’avant mais ce n’est pas évident.

  2. Ouaip … c’est violent … et en tant que thérapeute, reste toujours aussi la question du pourquoi … une fin de travail thérapeutique n’est pas toujours évidente mais quand elle se termine sans au revoir, c’est franchement très dur à vivre …
    Courage … parfois quelques années plus tard ils te redonnent des nouvelles, tu ne sais toujours pas pourquoi cette distance du jour au lendemain mais ce jour là où ils te redonnent signe de vie, ton coeur rayonne parce que tu as alors conscience que non tu n’étais pas un simple mouchoir qu’ils ont jeté sans prêter garde …

    1. Oui c’est vrai. C’est d’ailleurs pour cela que je disais qu’ils ne sen rendent pas toujours compte de l’impact de ces disparitions inopinées. À nous de savoir prendre le recul nécessaire, pas toujours évident !

  3. Sans rien nier ni retirer à ta difficulté à vivre ces moments ; peut-être faut-il penser que dire un mot à un thérapeute c’est loin d’être si simple… pudeur, timidité, manque d’assurance devant celui qui sait…
    Mais ne crois surtout pas que l’on te prend pour un mouchoir ou une éponge, tu es bien plus et tu leur donnes bien plus ! et c’est ce qui doit t’importer le plus !
    Donner sans rien attendre en retour… Courage ! et prends soin de toi
    ml

    1. Merci Marylaure pour ton message . Nous donnons bien sûr, nous n’attendons pas de grande preuve d’amour, nous n’attendons d’ailleurs souvent rien… mais ces disparitions sans un mot sont toujours des grandes remises en question pour nous alors qu’elles ne devraient pas forcément l’être (certains patients disparaissent pour des raisons 100% perso qui n’ont rien à voir avec leur thérapeute)

  4. Après la lecture sur l’inacceptable j’ai laissé un message à Karine, l’orthophoniste de Leo depuis 6 ans (suivi très léger), pour lui exprimer toute ma honte d’une facture en attente (je voulais lui payer la dernière fois, trop peur d’être en dette et d’oublier…car je sais que j’oublie…et j’ai oublié…c’était il y a un an). J’ai envoyé un texto pour la prévenir du message. On ne l’a pas oubliée Karine on a juste eu une année pas facile qui a passé trop vite. Je ne prends pas assez de nouvelles de ma grand mère ou ma meilleure amie fragile…alors c’est vrai, Karine elle passe après. Pris dans le tourbillon de la vie on en oublie certains parfois ou plutôt on les met de côté le temps du mode survie. Je ne cherche d’excuses a personne c’est mon ressenti.
    Sinon Karine m’a appelée ce midi. C’était cool et attentionné comme d’habitude parce qu’on s’aime beaucoup, on se ressemble. Elle m’a rassurée elle ne comptait pas m’envoyer les huissiers 😉
    Alors MERCI, grâce a l’inacceptable , on se voit une heure tous les trois à la rentrée pour faire le point se raconter nos vies et décider de la suite….certainement qu’on continuera juste pour le plaisir de se revoir même si c’est dans un an…et puis Leo ça ne peut pas lui faire de mal…;-)
    Même si le petit mot n’est pas là, une certitude existe : vous comptez.
    Bonne continuation

    1. Merci Carine pour ce message, de l’autre côté du miroir. C’est toujours très intéressant d’avoir la vision du patient. Un grand merci !

  5. Oui je connais cela aussi. Parfois ils réapparaissent effectivement, sans même se souvenir qu ils sont partis sans dire au revoir. Nous sommes des passeurs, les accompagnant un moment sans que notre vie se mêle à la leur. Nous les avons accompagnés pendant une tranche de leur vie, et ne saurons jamais quel impact nous avons eu. Cela réclame toute notre humilité …

    1. Oui, c’est vrai qu’ils disparaissent quelques fois sans vraiment s’en rendre compte. De mon côté, je ne souhaite pas qu’ils posent des mots sur l’impact que nous avons pu avoir (même si cela fait du bien à l’égo mais ce n’est pas pour cela que nous le faisons), mais seulement qu’ils sachent terminer quelque chose qui a été commencé, un « au revoir » suffirait 😉 Mais oui, bien sûr l’humilité fait partie de notre profession d’accompagnant.

  6. Ça laisse un drôle de petit trou dans le puzzle des émotions ce rien. On est pas très loin de « l’autruicide » de J. Maisondieu. Ça amène toujours une remise en question de mon côté, et un gros travail pour ne pas me sentir trop kleenex…

    1. Merci chère collègue pour ce message 🙂 Oui cette remise en question est nécessaire, tu as raison. Je crois que quelques fois nous savons pourquoi ils sont partis (relationnel spécial, brouille pour telle ou telle raison) mais quelques fois non et c’est là que c’est le plus difficile je trouve.

  7. Je trouve que c’est oublier un peu vite notre part de responsabilité dans l’histoire. Thérapeute moi-même, je peux dire que, quand un patient disparait sans mot dire, c’est généralement que je n’ai pas été au top : j’ai dit des choses maladroites, l’accompagnement n’avançait pas vraiment, etc.
    Et les gens partent sans rien dire pour nous préserver d’une certaine façon, parce qu’ils se sentiraient mal à l’aise de nous dire que nous ne sommes pas à la hauteur. Donc ils préfèrent juste disparaitre.
    Honnêtement, je n’ai pas un seul accompagnement où je ne suis pas capable de dire assez précisément ce que j’ai fait ou dit qui a rompu le lien et qui a conduit à ce départ.
    Ce n’est pas une façon de me mettre la pression (je ne suis pas parfaite et ça m’arrivera encore) mais une attention particulière que je porte à la relation qui se construit entre mes patients et moi et à la façon dont ils perçoivent chaque mot et chaque geste que je fais.

    1. Bonjour, Ce texte se voulait une histoire, non pas une analyse exhaustive de ce qu’il se passe quand un patient disparaît. Bien sûr nous avons quelques fois une certaine part de responsabilité dans leur disparition mais pas toujours. Chacun son vécu. Je n’aurai pas dû parler de « thérapeute » mais plutôt de ce que je connais, la prise en charge orthophonique.

  8. Bonjour Powa,
    MERCI pour ce beau témoignage qui me permet de comprendre ce qui se passe de l’autre côté du miroir… Je n’ai jamais cassé une relation comme ça mais j’y ferai ENCORE plus attention si la situation se présente…J’ai lu récemment « Les tribulations d’une caissière » et depuis quand je passe en caisse, je fais semblant d’être au téléphone pour le plaisir de dire « Je te laisse, je passe en caisse, je te rappelle ». Car j’ai lu dans ce livre que la caissière se sentait niée par rapport à tous ces clients qui continuent leur conversation téléphonique comme si la caissière n’existait pas… MERCI Powa !

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